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Revue TELECOM 188 - Parcours de Pascal Béglin lauréat en 2003

  • 15 mars 2018
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  • Catégorie : Article / Revue TELECOM
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  • Auteur : Rédaction Revue TELECOM
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Revue TELECOM 188 - Parcours de Pascal Béglin lauréat en 2003

PARCOURS DE PASCAL BEGLIN

lauréat en 2003



Par Pascal Béglin (1987) dans la revue TELECOM n° 188


En 2003, l’entreprise avait deux ans et avait survécu aux terribles années de la fin de la bulle Internet (2001,2002 et 2003). Aucun investisseur n’était plus prêt à parier sur une entreprise faisant de l’IP et encore moins de la voix sur IP. À l’époque, VoIP1 était un mot quasi obscène pour les investisseurs que nous avions rencontrés.

Nous avons donc financé notre développement en fournissant des services (aujourd’hui on dirait du Saas) basés sur une technologie SIP2, mais évidemment sans le dire pour ne pas paniquer nos clients. Nous avons aussi bouclé les fins de mois avec du conseil que mon associé Lilian Gaichies et moi-même faisions auprès, notamment, des Collectivités Locales qui souhaitaient apporter l’Internet à des zones enclavées de leur territoire.

C’est ainsi que nous fournissions aux chaines de télévisions les serveurs vocaux interactifs qui prenaient les appels des spectateurs des émissions de téléréalité (Loft Story, Star Academy,…). Quand Loana, dans la piscine du loft commence à accepter les avances de son partenaire et que l’émission s’arrête à ce moment précis, en l’espace de quelques minutes, des dizaines de milliers de spectateurs se précipitent sur leur téléphone pour obtenir un code d’accès (payant) à Internet et voir la suite sur leur PC. Ce type d’utilisation, avec des fonctionnalités simples mais un trafic massif a façonné notre approche de la voix sur IP et a déterminé notre succès futur dans ce domaine.

Alors que les acteurs de la VoIP se focalisaient sur les IPBX3 avec des fonctionnalités très évoluées pour un petit nombre d’utilisateurs, nous expérimentions les énormes volumes dans des conditions de pic de trafic extrêmes. Dès 2004, les premiers FAI (Fournisseurs d’Accès Internet) veulent offrir la voix sur leurs réseaux. Ils cherchent des solutions de services à valeur ajoutée (serveurs vocaux interactifs et messagerie vocale notamment) à offrir au-dessus des communications voix. Les volumes anticipés sont très importants et c’est tout naturellement qu’ils s’adressent à Streamwide pour sa capacité démontrée à traiter de tels volumes. LDCom (devenu 9 Telecom puis SFR) est le premier à sauter le pas et nous donne notre chance. Suivent rapidement de nombreux autres FAIs (Club-Internet, Completel,…). La France bénéficie d’une situation unique, grâce aux courageuses décisions de l’ARCEP sur le dégroupage. Elle est très en avance sur le reste du monde pour le développement de la VoIP et nous en profitons largement en étendant rapidement notre champ d’action à l’international. Aucun autre concurrent à cette époque n’a l’expérience des déploiements massifs en VoIP que nous avons pu acquérir sur le territoire français. Nous étendons notre savoir-faire aux opérateurs mobiles dans les années suivantes. L’avènement de la 4G et la reconnaissance du SIP comme seul standard pour la VoIP nous aide considérablement. Nous avons eu là aussi beaucoup de chance. Lorsque nous nous sommes lancés, la plupart des opérateurs faisaient le choix du H323 et contre vents et marées nous avons promu le SIP en arguant que le H323 était un protocole inadapté dans un monde qui serait dominé par le web alors que la qualité des réseaux IP s’améliorait à pas de géants.

En remplaçant les protocoles de signalisation anciens (SS7,…), le SIP a standardisé au niveau mondial l’établissement des communications et l’interfaçage entre éléments de réseau. D’une industrie morcelée (chaque pays ou presque avait sa version de SS7), on est passé à une industrie sans barrières entre les pays. La concurrence exacerbée qui s’en est suivi a conduit à une chute brutale des prix, et une modification structurelle de l’industrie qui est passée du hardware au software. Des petites entreprises telles que Streamwide pouvaient avec des moyens financiers limités concurrencer les géants des télécoms.

La seule solution pour survivre dans cet environnement était de devenir un acteur mondial afin de contrebalancer les réductions de prix par les économies d’échelle. Nous avons donc poursuivi une internationalisation à marche forcée, en s’appuyant sur des intégrateurs et des distributeurs (Nortel, Alcatel, Nokia, Italtel, IBM, Atos, Bull, Cap Gemini, Huawei,…) et en créant une nouvelle filiale à Bucarest en Roumanie. Cependant l’implantation de filiales à l’étranger est très consommatrice de ressources financières et nous atteignions les limites de notre modèle autofinancé.

Après avoir contacté des Venture Capitalistes français, nous avons vite compris que les conditions de financement offertes étaient peu intéressantes et faisaient porter sur les actionnaires d’origine l’essentiel du risque avec notamment des clauses de « ratchet » (dilution forcée) qui nous semblaient inacceptables. Nous nous sommes tournés vers la bourse et plus exactement vers le compartiment Alternext d’Euronext destiné au financement des PME. Bénéficiant d’une fenêtre de lancement en novembre 2007 nous avons introduit Streamwide à la bourse de Paris et levé un peu moins de 5m€ sur une valorisation de 50m€. Nous avons là encore eu de la chance puisque quelques semaines plus tard, la fenêtre se refermait et la crise de 2008 commençait. Cet argent a notamment financé la création de notre filiale aux Etats-Unis (dans le New Jersey) et en Chine (Pékin). La Chine est très vite devenue rentable (un an environ) grâce à la modération des coûts salariaux et à notre distributeur Huawei qui a réalisé jusqu’à 5m€ de commandes par an. Les Etats-Unis ont mis plus de temps. Le marché américain ne s’ouvre pas facilement aux nouveaux venus mais une fois pénétré, il est infiniment plus rentable, justifiant par-là les salaires élevés payés aux employés locaux.

Le côté négatif de cette internationalisation tient surtout aux voyages incessants que mon associé et moi-même faisons encore aujourd’hui. Nous passons en moyenne dix jours par mois à l’étranger et nous nous relayons pour passer deux semaines aux Etats-Unis un mois sur deux. Nous avons d’ailleurs dû prendre un visa de travail et nous rémunérer partiellement sur place.

Les mêmes changements structurels de l’industrie des télécoms qui nous avaient permis de nous faire une place au soleil (mondialisation, concurrence exacerbée,…) ont commencé à fortement peser sur notre développement. Les prix de notre produit phare, la messagerie vocale, ont été divisés par 10 en 5 ans de 2008 à 2013. Malgré la disparition de fait de la plupart de nos concurrents et des prises de part de marché importantes, nous avons dû faire face à une concurrence chinoise, Huawei (qui a développé sa propre messagerie vocale) et ZTE, très agressive, bénéficiant en Afrique et en Amérique du Sud notamment d’un lobbying très efficace. Nous avons dû notre survie dans ces conditions à notre structure de coût particulièrement compétitive, à notre technologie entièrement logicielle permettant une flexibilité inégalée et parfaitement adaptée à la virtualisation qui commençait à poindre. Nous avons été la première messagerie vocale virtualisée sur le cloud Amazon et le premier déploiement massif en production (25 millions de clients sur une plate-forme virtualisée chez SFR). Nous avons aussi bénéficié de l’arrivée des smartphones et du coté différentiant de la messagerie vocale visuelle (VVM) dont nous avons été et sommes encore l’un des principaux acteurs.

Face à cette industrie sinistrée, nous avions deux choix entrepreneuriaux possibles, accompagner la décroissance en maximisant la génération de cash ou bien profiter de l’expérience acquise, de la qualité de nos équipes de développement et de notre infrastructure internationale pour diversifier notre activité et passer de l’océan rouge à l’océan bleu. Nous avons choisi la deuxième option en levant de la dette, en arrêtant de distribuer des dividendes et en investissant massivement dans le développement de deux nouveaux produits : Team on the Run et Team on Mission.

Le premier est une plate-forme de transformation digitale à destination des entreprises et des administrations associant les process métiers et la communication. Nous avons nommé cette nouvelle catégorie de solutions Business Process Communication (BPC). Cette solution rencontre déjà le succès, en direct (Enedis, par exemple, l’utilise pour coordonner les réparations du réseau de distribution électrique en cas de tempête), mais aussi à travers des distributeurs qui peuvent être des opérateurs télécoms (nos clients historiques) ou des intégrateurs (Atos,…). C’est ainsi que T-Mobile et US Cellular aux Etats-Unis ou Smartone à Hong Kong distribuent Team on the Run.

Le second est une solution de communication critique sécurisée à destination des first responders (Police, Pompiers, SAMU,…) ou des forces armées, à l’heure où ces réseaux critiques passent de la bande étroite (Tetra, P25,…) au large bande LTE standardisé par le 3GPP. Le GIGN, par exemple utilise notre solution pour ses interventions. Là aussi nous sommes distribués en France et à l’international par des partenaires prestigieux (Nokia, Singapore Technologies, …). Notre avance technologique (ces produits s’appuient sur nos développements et nos brevets effectués depuis 2001) et l’expérience acquise sur les mobiles Android et Apple mais aussi sur les infrastructures des réseaux 4G nous donnent un avantage décisif. En effet, cette industrie vit une révolution similaire à celle que nous avons connue au passage du SS7 vers la VoIP, marquée par la standardisation et par la prééminence du software, clé de voute de ces solutions de nouvelle génération. 


1/Voice over IP, est une technique qui permet de communiquer par la voix sur des réseaux compatibles IP
2/ Session Initiation Protocol (SIP) est un protocole standard ouvert de gestion de sessions souvent utilisé dans les télécommunications multimédia.
3/ de l'anglais Internet Protocol Private Branch eXchange) un autocommutateur téléphonique privé utilisant le protocole internet (IP) pour gérer les appels téléphoniques d'une entreprise, en interne sur son réseau local (LAN).

Auteur :
Rédaction Revue TELECOM

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