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Revue TELECOM 192 - La fintech le nouveau visage prometteur du secteur financier par Hanady Abboud (2019), Steven Bias (2018), Marc-Antoine Laville (2018) et Joanne Saba (2019)

Articles Revue TELECOM

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11/04/2019

LA FINTECH


le nouveau visage prometteur du secteur financier


par Hanady Abboud (2019), Steven Bias (2018), Marc-Antoine Laville (2018) et Joanne Saba (2019) dans la revue TELECOM n° 192


Introduction

Quand nous prenons le métro parisien, Lydia (application de paiement mobile francaise), N26 (néobanque allemande) et Alan (assurance 100% en ligne française) se retrouvent affichées côte à côte pour séduire le grand public. Les start-up technologiques de la finance et de l'assurance (fintech) intègrent progressivement notre quotidien et bénéficient d’un écosystème à la fois public et privé qui investit ces dernières années des montants records dans le secteur.

L’innovation concerne aussi bien des aspects technologiques que des dimensions de service. Les acteurs de la fintech s’appuient en effet sur des technologies de pointe qui mettent les acteurs traditionnels du secteur au défi de la digitalisation, de la personnalisation, et de la décentralisation croissantes permises par les nouvelles technologies.

Lors de notre travail de veille et d'analyse pour le Prix des Technologies Numériques nous avons répertorié plus de 300 start-up de la fintech française et nous les avons étudiées et cartographiées pour en dégager les grandes tendances et les mettre en perspective au regard de la croissance du secteur à l’international.


Le secteur de la finance et des assurances en pleine réinvention digitale


Les nouvelles technologies au service des fintech

Le marché actuel est actuellement fortement impacté par l’arrivée des nouvelles technologies, intégrées dans l’ensemble des secteurs : les médecins utilisent la reconnaissance d’images pour la prédiction de cancers, les voitures autonomes, les grands supermarchés exploitent la blockchain pour la traçabilité des produits alimentaires… Et la fintech se voit, à son tour, transformée par les nouvelles technologies, que ce soit l’intelligence artificielle, la blockchain ou plus largement la digitalisation des services.

Les banques, les assurances et les services financiers utilisent de plus en plus l’intelligence artificielle afin de simplifier et d’automatiser les processus. Entre autres, Shift Technology, la start-up qui a réalisé une levée de fonds de 35 millions d’euros en seulement quatre ans, propose une solution SaaS basée sur des outils d’intelligence artificielle pour aider les compagnies d’assurance à la détection de fraudes. On peut également citer la start-up Bruno qui a développé un chatbot messenger doté d’une intelligence artificielle qui aide les utilisateurs à épargner chaque semaine sur un livret dédié.

La blockchain, permet plusieurs opportunités d’innovation et l’apparition de nouveaux métiers. Nombreuses sont les start-up qui ont mis en place leur propre monnaie virtuelle, tel Paypite, la start-up qui a créé la première crypto-monnaie dédiée aux pays francophones, pour faciliter tous les échanges monétaires. D’autres ont choisi de proposer des services aux utilisateurs des blockchains. Par exemple, Ledger a conçu un « porte-monnaie électronique » pour les crypto-actifs afin d’assurer la sécurité des transactions.

Enfin, la digitalisation des services permet d’assurer une meilleure expérience utilisateur en apportant instantanéité et transparence. Le succès d’Alan, l’assurance santé 100 % digitale, vient de cette volonté. Grâce à une application mobile, les utilisateurs peuvent accéder à toute information à n’importe quel instant de façon claire et réaliser des démarches autrefois complexes en quelques clics. Concernant les moyens de paiement, Lunchr a permis la dématérialisation des tickets restaurants grâce à une carte de crédit unique et une application mobile qui permet de gérer les transactions.


Les nouveaux services proposés par les fintech

Les acteurs de la finance ont conscience du bouleversement du secteur, et nous avons distingué plusieurs tendances pour les fintech :

Des néobanques (banque 100% en ligne) et de nouveaux moyens de paiements digitaux ont vu le jour et gagnent des parts de marché, créant une concurrence non négligeable aux banques traditionnelles. Il est désormais possible de payer certains de nos achats quotidiens et rembourser nos amis via l’application Lydia. Dans le domaine B2B (Business to Business), la néobanque Qonto facilite, quant à elle, les opérations bancaires et la comptabilité des entreprises.

Ensuite, l’accès à l’investissement et au financement est facilité : tout un chacun peut maintenant accéder à des investissements jusqu’ici réservés aux gros portefeuilles grâce aux services proposés par des start-up comme Grisbee ou WeSave. De plus, les entreprises peuvent également bénéficier de nouvelles sources d’investissement. October propose ainsi une plateforme de prêt pour les entreprises dont les investisseurs peuvent être des professionnels ou des particuliers.

Les fintech permettent aussi une personnalisation toujours plus fine des services proposés. L’intelligence artificielle rend l’analyse du profil à risque d’un client toujours plus performant : Yomoni utilise ainsi une intelligence artificielle en vous laissant interagir avec ses robots conseillers (sous forme de chatbots) et Neuroprofiler, fondé sur un algorithme adaptatif prenant en compte les principes de la finance comportementale, propose à ses clients des serious game.

Le secteur des RegTech quant à lui accueille des acteurs hyper optimisés dans la réponse aux besoins liées aux nouvelles régulations. Non sans rappeler les points précédents, les problématiques KYC (Know Your Customer), AntiBlanchiment et RGPD auraient été difficilement traitables par les acteurs institutionnels sans cette effervescence technologique. Le français Shift Technology s’illustre très bien sur ce sujet dans le domaine de l’assurance.

La décentralisation de la création monétaire et de la gestion des transactions que propose la technologie blockchain prend elle aussi son essor. Même si le bitcoin est controversé, l’engouement pour Ledger (spécialisé dans les actifs en Bitcoin, connu notamment pour son portefeuille physique de monnaies virtuelles) montre l’attraction du marché pour les crypto-monnaies. D’autre part, les meilleures utilisations de la blockchain sont encore à venir, la sécurisation des transactions par exemple comme Be-Bound, qui sécurise les transactions dans les contrées les moins connectées d’Afrique, mais aussi smart-contracts, levée de fonds en monnaies virtuelles (ICO)…

On remarque enfin l'émergence d'une finance plus transparente et plus responsable qui permet à tous d'investir ou d'épargner en soutenant une économie en cohérence avec ses valeurs. On peut prendre l'exemple de Lita, une plateforme de crowdfunding qui donne la possibilité aux individus de soutenir des projets de start-up de l’économie sociale et solidaire en ligne.


Un secteur en forte croissance en France qui reste au défi de l'internationalisation


Un secteur en croissance très attractif pour les investisseurs

Les investissements dans les fintech françaises connaissent une croissance remarquable. Les investisseurs ont, en effet, repéré le potentiel du secteur et ont atteint, selon le rapport KPMG de décembre dernier intitulé Pulse of Fintech France, un record en 2018 avec 365 millions d'euros investis au cours de l'année 2018 à travers 72 opérations. Ceci représente une augmentation d'environ 15 % par rapport à 2017. À titre de comparaison, le montant des fonds levés par les fintech dans l'Hexagone s'élevait à 135 millions d'euros en 2015, 29 millions d’euros en 2013 et seulement cinq millions d’euros en 2010. Ces tours de table ont inclus des investisseurs français et internationaux dont Kima Ventures, Xange, Alven Capital, Valar Ventures et bien d’autres. L’attrait des investisseurs semble se porter principalement vers les secteurs de la blockchain, de l'Assurtech et de la Regtech qui représentent respectivement 19 %, 12 % et 6 % des investissements de la fintech en 2018.

Le rôle des grands groupes dans cette effervescence n’est lui non plus pas négligeable. Il s’agit en effet pour eux de se poser en partenaire de ces innovations pour mieux les intégrer par la suite. La multiplication des investissements dans des start-up en phase d'amorçage serait notamment la conséquence du rachat de cinq fintech en 2017 pour environ 500 millions d'euros : Compte-Nickel absorbé par BNP Paribas, Dalenys par Natixis, KissKissBankBank par La Banque Postale, Credit.fr par Tikehau Capital et Pumpkin par Arkéa. Ces opérations ont permis aux actionnaires d'effectuer des sorties et donc de réinvestir de l'argent dans des nouveaux projets moins matures. Ces rachats ne sont pas le seul signe d'intérêt porté par les grands groupes à ces start-up. En effet plusieurs banques et assurances comptent dans leurs incubateurs et programme d’accélérations de nombreuses start-up et fintech dans l’ambition de pouvoir accélérer leur développement et de profiter de leurs solutions pour récupérer leur retard dans la course à l'innovation.

Les investisseurs privés ne sont pas les seuls responsables de cette éclosion du secteur : un écosystème d’accompagnement solide s’est développé en France. La BPI joue bien entendu un rôle important dans cette consolidation, mais la fintech a aussi bénéficié d’accélérateurs et d’incubateurs dédiés aux fintech. Parmi eux l’incubateur Swave Initié par l’Etat et le secteur privé en 2017 et opéré par Paris&Co, qui a reçu en janvier 2019 sa deuxième promotion de start-up incubées. Quel est le but du Swave ? Faire de la France le hub des fintech au sein du marché européen, une place jusqu’alors occupée par Londres. Si la France n’égale pas la Silicon Valley en termes de concentration d’expériences entrepreneuriales, elle reste donc une terre très accueillante pour les start-up et fintech.


Les défis de la croissance à l’international / Les bleus vs le reste du monde

Le secteur des fintech est en croissance en France avec des levées de fonds records et de nombreux rachats par les grands groupes. Néanmoins, quelle est la situation des start-up de ce secteur à travers le monde ?

À l’instar des grands groupes, les start-up de la fintech ont l’ambition d’être présentes très rapidement à l’international. En janvier 2019, N26 a levé plus de 260 millions d’euros et son objectif est clairement affiché, conquérir le marché américain. En effet, la concurrence d’Orange Bank en France ou de Revolut en Europe pousse la start-up allemande à franchir l’Atlantique pour continuer à croître. La start-up ayant fait la plus grande levée de fonds au monde, Ant Financial, filiale d’Alibaba, souhaite pour sa part atteindre les deux milliards de clients dans les prochaines années. Parmi les fintech françaises, certaines ont réussi à se faire connaître hors de l’hexagone comme Ledger qui a vendu plus d’un million de portefeuilles électroniques pour crypto-actifs dans 165 pays. On peut également citer October, une plateforme de crowdlending (financement de prêts participatif) qui est présente en France, en Espagne, en Italie et aux Pays-Bas.

Il est par ailleurs important de noter les défis réglementaires qui accompagnent le développement de services bancaires. L’obtention de licences bancaires est en effet une étape nécessaire aux néo-banques pour passer à l’échelle. Ces licences, si elles sont obtenues dans un pays européen, sont valables dans toute l’Europe.

Néanmoins, l’expansion des fintech françaises à l’échelle internationale reste timide. Dans le monde, on dénombre près d’une trentaine de licornes de la fintech, start-up valorisées à plus d’un milliard d’euros. Cependant aucune est française. Si l’année 2018 a été marquée par des levées de fonds inégalées en France, elle l’aura été d’autant plus au niveau mondial avec plus 34 milliards d’euros investis. Ce chiffre vertigineux remet en perspective les tours de table effectués en France. En Europe, plus de trois milliards de dollars ont été investis dans les fintech, avec en tête l’allemande N26 et la britannique Revolut. Ces néo-banques, déjà citées plus haut, ont levé respectivement 140 et 218 millions d’euros en 2018, soit presqu’autant que toutes les fintech françaises. Le marché financier technologique américain continue lui d’avoir une longueur d’avance sur le marché européen, on y compte plus de dix milliards d’euros placés par les investisseurs dans le secteur. Concernant l’Asie, elle est devenue la première place d'investissements fintech grâce aux 12 milliards d’euros levés par Ant Financial.


Conclusion

Le succès des fintech est indéniable, partout dans le monde, et s’il est vrai que les start-up tricolores restent encore timides en comparaison avec leurs concurrentes internationales, la fintech française est en effervescence et bénéficie d’un écosystème favorable à leur expansion.

Toutefois, dans cette course aux plus grosses levées de fonds et au titre de “licorne”, il serait intéressant de trouver plus de fintech qui s’attaquent à des problèmes de fonds. Elles peuvent particulièrement rendre le monde meilleur par l’inclusion bancaire en ciblant les personnes “qui ne sont pas bancarisées (sic) ou mal-bancarisées” leur donnant “accès à des plateformes de transactions de manière sécurisée”, ou aux personnes “qui travaillent à l'étranger et doivent envoyer de l'argent à la maison”, tel que l’a réclamé Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) lors du Paris Fintech Forum, en janvier dernier.

Les fintech ont certes déjà créé beaucoup de services pour faciliter l'expérience bancaire, aider les gens à épargner et investir, permettre à certaines institutions de se transformer, etc. Mais il existe encore d’autres possibilités que nous devrions explorer, d’autant plus que le first-mover advantage régit souvent les économies numériques et mondialisées, alors plutôt que d’essayer d’attraper le train, soyons la locomotive. Biographie des auteurs

Hanady Abboud (2019) :

Double diplôme Télécom ParisTech, SciencesPo Paris

LinkedIn : www.linkedin.com/in/hanady-abboud

Steven Bias (2018) :

Double diplôme Télécom ParisTech, SciencesPo Paris

LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/steven-bias

Marc-Antoine Laville (2018) :

LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/malaville/

Joanne Saba (2019) :

Double diplôme Télécom ParisTech, SciencesPo Paris

LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/joannesaba/



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